Big Pharma, c’est quoi ? Le constat sans appel du Professeur Even …

En décembre dernier dans une vidéo publiée sur YouTube (à voir ci dessous), le Professeur Philippe Even* faisait le même constat qu’un récent rapport de l’ONU, qui concluait ainsi :

 

« L’industrie pharmaceutique corruptrice s’est infiltrée dans toutes les instances décisionnaires, parlementaires, gouvernementales, administratives, universitaires, hospitalières, médicales et médiatiques. Elle est aujourd’hui hors de tout contrôle. »

 

Cela peut paraître exagéré. Et pourtant… savons-nous que l’industrie pharmaceutique est la 3ème puissance économique mondiale (CA : 600 milliards de dollars) derrière les banques et l’industrie pétrolière ? Que Sanofi est plus gros que Coca-cola et aussi gros que Nestlé ? Que Pfizer représente 3 fois Boeing, et 7 fois EADS. Que Servier, « petit » laboratoire, à peine 30ème mondial, est pratiquement aussi puissant qu’Areva, le fleuron de notre industrie nucléaire ? Le Professeur Even nous rappelle ces faits et, dans la deuxième partie de sa vidéo (la première étant consacrée aux cas particuliers des statines), il donne quelques explications.

 

L’une d’elles rappelle qu’à partir des années 85-90, la recherche médicale qui se basait sur l’étude des organes est passée à une recherche basée sur l’étude des cellules, des molécules et des gênes. La biologie cellulaire et génétique, bien plus compliquée et coûteuse a fait son apparition et, de 30 organes, on est passé à des milliers de molécules à étudier. L’autre explication tient à un changement de nature économique et à la mise en place d’un capitalisme basé sur la financiarisation et la rentabilité des marchés. L’industrie pharmaceutique est avant tout une industrie et de ce fait elle n’échappe pas aux règles capitalistiques dictées par les investisseurs, fonds de pension ou autres : il faut rentabiliser, quitte à inventer des maladies et des malades, comme le faisait déjà il y a bientôt un siècle le fameux Dr Knock immortalisé par Louis Jouvet dans la comédie de Jules Romains…

 

Aujourd’hui le constat est là : l’industrie pharmaceutique représente 600 milliards de dollars annuels dont 300 pour des pseudos maladies, des pré-états, (pré-diabète, pré-cancer, …). L’hypertension est devenue un soit-disant danger à partir de 13 et non de 16 ou 17 comme auparavant (et donc se soigner à partir de 13 = marché x 5) ; le diabète devenait un problème quand le taux était supérieur à 1,40 g/l il y a 30 ans, aujourd’hui c’est à 1,25 g/l (avec conseil de traiter à partir de 1,10 g/l et même de1,01 g/l) ; la dépression a été inventée en 1950 et aujourd’hui 15 millions de français prennent des anti dépresseurs ; tout un tas de syndromes ont été ‘découverts’ (hyperactivité, etc.) et le Guide américain DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) des maladies psychiques, une véritable bible, qui recensait 50 maladies psy en 1970, en étale plus de 500 aujourd’hui (décrites par des experts qui sont tous sous contrats avec l’industrie pharmaceutique…)

 

Philippe Even précise que Big Pharma a fait son trou partout et que « L’industrie pharmaceutique finance -entièrement- tous les congrès médicaux dans le monde. Ça veut dire transporter par charters des milliers de médecins tous les jours sur la planète pour aller écouter des conférenciers qu’elle choisit pour promouvoir ses molécules. Rien n’est plus dangereux que ces congrès médicaux : scientifiquement ils ne servent à rien, mais d’un point de vue marketing ils sont essentiels. Ces conférenciers sont payés aux USA entre 3.000 et 90.000 dollars par intervention (1 heure ou 2) »

 

« L’industrie pharmaceutique est aussi la propriétaire directe ou indirecte de tous les journaux médicaux du monde. Aucun journal médical ne peut vivre sans l’industrie, il faudrait qu’ils fassent payer l’abonnement à 2.000 ou 3.000 euros par an et aucun médecin ne s’abonnerait. L’abonnement est donc de 300 euros, et le reste c’est l’industrie qui finance. A partir de là, elle impose à ces journaux les articles qu’elle souhaite faire publier. C’est-à-dire que tous les résultats négatifs qu’elle observe dans les études cliniques ne sont jamais publiés (….) Ainsi, tous les essais sont truqués. Pourquoi ? Quand vous mettez 200 millions de dollars dans un essai, vous ne pouvez pas aboutir à un résultat négatif, il faut absolument que ce soit positif. (…) Et à travers ces essais falsifiés publiés dans les journaux, l’industrie pharmaceutique fabrique l’opinion des médecins »

 

« Il y a les congrès, les séminaires, les journaux, puis en bout de course les visiteurs médicaux qui vont dans le bureau du médecin s’assurer qu’il a bien compris, et même les ordonnances produites automatiquement sur ordinateur par les laboratoires (…). On est arrivés à un stade où l’industrie tient la plume du prescripteur »

 

« L’industrie pharmaceutique a obtenu que ses médecins soient les experts choisis par les agences des états -particulièrement en France- pour donner un avis sur leurs médicaments. Autrement dit, elle juge elle-même, en boucle, ses propres produits. C’est beau ! » Un exemple : « [à l’occasion de l’enquête sur le Médiator] j’avais montré que sur 1.300 experts choisis par nos agences du médicament, les 2/3 étaient étroitement liés à l’industrie pharmaceutique. Que les 40 présidents de séance avaient tous sauf un (!) entre 2 et 51 contrats avec l’industrie pharmaceutique. »

 

Mais Philippe Even pense également que « les dérives de l’industrie pharmaceutique ne sont possibles que par la corruption de certains médecins » et que « s’il n’y avait pas ces quelques centaines (pas plus) de médecins dans le monde achetés très chers par l’industrie pharmaceutique elle ne pourrait pas mener sa politique, il lui faut ces porte-voix ».

 

Qu’attendent alors les autres médecins, honnêtes et loyaux par rapport à leur serment d’Hippocrate, pour faire entendre leur propre voix ! Sans doute de ne plus craindre le Conseil de l’ordre…

 

  • Le Pr Even, éminemment respecté par ses pairs, avait été radié de l’ordre des médecins suite à ses prises de position contre l’industrie pharmaceutique, puis cette radiation avait été annulée en appel, et en fin de compte le Pr Even avait démissionné de l’ordre. Malgré cela, et alors qu’il n’exerce plus depuis des années, il vient à nouveau d’être radié de l’ordre (!) qui semble avoir quelques difficultés à gérer le statut de ses membres…

3 réponses à Big Pharma, c’est quoi ? Le constat sans appel du Professeur Even …

  1. Merci pour vos recherches et ces témoignages.
    Ayant travaillé dans des labos pharmaceutiques et une CRO, je connaissais cette triste réalité et je vous remercie d’avoir eu le courage de tenter d’informer le plus grand nombre