Médecins plus malades que les patients ?

8% des décès des médecins en activité sont dus à un suicide, soit 2 fois plus que dans la population générale. Quant au burn-out, il menace 30% des médecins et même 40% des chirurgiens ! Ces chiffres issus d’une étude menée par l’intersyndicale nationale des internes sur 21768 jeunes médecins (étudiants, internes et chefs de clinique), et rapportés par Anne Laure Boch, neurochirurgienne et docteur en philosophie dans le journal La Croix du 4 juillet, sont alarmants ! D’une part parce que les médecins interrogés sont jeunes et en pleine activité, il ne s’agit pas de médecins âgés qui pourraient être épuisés et aigris par leur longue carrière ; d’autre part parce que cela pose la question de l’efficience de leur travail.

A cette dernière, une autre étude menée chez des médecins en proie au burn-out montre non seulement qu’ils ne font pas plus d’erreurs mais même qu’ils sont plus attentifs aux problèmes psychologiques de leurs patients. De là à penser que les médecins montrant un peu d’empathie sont plus sujets au burn-out parce qu’ils se préoccupent et s’inquiètent réellement de leurs patients, et conclure, comme le dit Mme Boch, que le burn-out du médecin peut profiter au malade, il n’y a qu’un pas…

Dans tous les cas, la mise en parallèle de ces deux études est intéressante dans le sens où elle pose la question suivante : doit-on regretter l’époque, révolue, durant laquelle les médecins généralistes suivaient leurs patients tout au long de leur vie, connaissaient non seulement leur parcours médical mais également psychique, passaient du temps à expliquer les traitements proposés par leurs collègues spécialistes et durant laquelle ceux-ci n’étaient pas soumis à des problématiques de rentabilité et de statistiques qui les détachent de leur humanité… ? Sans doute que oui, même si l’on n’approuve pas toujours la sempiternelle nostalgie du ‘c’était mieux avant’.  

L’ACM répond aujourd’hui à de très nombreux malades qui, en plus de combattre la maladie, recherchent des informations précises et surtout un peu d’empathie et de bienveillance auprès de leur médecin. Que leur répondre ? Que leurs médecins sont débordés par l’ampleur de la tâche et que de ce fait, ils protègent leur propre bien-être mental en imposant une distance importante entre eux et leurs patients, que s’ils humanisent trop la relation, ils risquent de tomber eux-mêmes malades ? Impossible ! Et pourtant…

Leïla